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vendredi 14 juin 2013

Natures mortes au cimetière







Tout supplice porte en lui, à son plus haut degré, l’esthétique qui lui est contemporaine.
Tout supplicié porte sur lui les stigmates atroces d’une esthétique. Il catalyse un programme esthétique foudroyant. La sinistre cérémonie du supplice fait miroir insolent à la société dans laquelle le supplicié subit ses outrages.
Il est l’avènement de la mort.
Il est le "work in progress" de la mort.
Travail en cours.
L’invention savante et l’improvisation calculée y sont maitrisées, comme dans tout travail de création. Les peintres ne s’emparent pas de ce sujet que par goût du macabre ou pour plaire aux bourreaux… La fascination nait de cette synthèse de la connaissance intime de l’homme par l’homme. C’est une représentation in vivo de l’image que se fait l’homme de son âme. Qu’est-ce que l’âme ? Où se cache-t-elle dans cette amas de chair désormais muette dans son engourdissement de douleurs ? La chair de ce non-être l’a-t-elle vomie ? L’a-t-on perçue virevoltante de terreur dans le fond incandescent de son œil ? Tout cela est aussi inutile que de chercher à maitriser l’avenir ou le devenir d’une langue.
Ces images nous collent à la peau ; poisse de l’héritage. On se les refile sans crier gare de génération en génération, de peuple à peuple, de peintre à peintre.
On met toujours le même raffinement dans la question.
Les réponses s’énoncent en énigmes douloureuses, silencieuses, précises. Leurs durées de vies durent le temps du regard qui s’y pose ; une chaîne qui friquotte sans vergogne avec l’éternité…
Chaque massacre collectif nouveau éclaire nouvellement l’histoire.
Les peintres détiennent la sonde de l’histoire de l’âme humaine.

Alain Leliepvre 
 

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