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mercredi 18 juillet 2012

Balade en Hippopotame - 2



« L’Hippopotame qui  fait tache. »

L’Hippopotame jaune traînait au sol de la cave, désirable.
Lumière resplendissante, menue comme une tache de soleil sur un tapis de feuilles mortes, forestier – je mis le jouet dans ma poche, vite fait. Je ficelais l’appareil photo à mon cou.
Sandales aux pieds, je m’en allais flâner au Mans : Hasard et promiscuité avec le réel composé de main d’homme, le tumulte du monde, les friandises ensoleillées…

J’ai souvent fait ce parcours, nez collé au sol, reniflant la moindre tache sur le bitume, le pétale séché, la tomate écrasée, la cuiller enchâssée dans la coulée de béton.
L’Hippopotame jaune est une contrainte ajoutée. Il impose sa forme, sa couleur, sa matière et son image.
La petite sculpture populaire et enfantine décentre le réel proposé par la photographie, de quelques degrés ; un petit glissement horizontal.
Notons que l’Hippopotame jaune aurait pu être une grenouille rouge. Elle m’aurait séduit par d’autres attributs – les siens ; les sujets et les cadres auraient été différents ; et pourtant tout aurait était parfaitement semblable.
Autrement dit je ne développe aucun sentiment ou aucune sentimentalité avec l’objet.
C’est un événement plastique qui a pour fonction première de perturber le théâtre qui s’offre à moi. C’est un plan supplémentaire qui s’ajoute aux plans en perspective de la représentation photographique. Il crée une sorte d’hybridité – valeur/figure ajoutée.

Il insiste, dévoile ou confirme la vision strictement subjective de mon travail photographique.
Le jouet jaune renforce le jeu formel, artifice minimal pour une mise en scène du réel.
La ville est mon studio où l’Hippopotame fait tache.
Il est hétérogène au monde que je me propose de photographier et de ce fait participe au travail d’évasement (des perceptions, des sens, des idées qui en découlent) qui me tient à cœur.
Le réel cerné m’entrave. Je lui préfère la multitude des incertitudes. Á chacune de ces promenades photographiques les doutes joyeux s’accumulent en chapelets énigmatiques.

Je connais beaucoup de souvenirs de vacances où garder en mémoire photographique le monument ou la plage ne suffit pas. On n’interpose entre l’objet du souvenir qui se construit et l’objectif de l’appareil le compagnon ou la famille présent. Ainsi s’imprime dans la gélatine un monde intérieur complexe qui ne se narre pas. On cherche à construire quelque chose de plus globale que ce que le décor nous impose. C’est une part fugitive de lui-même que le photographe interpose entre le sujet photographié et la fonction de mémoire de la photographie. Le monde est une scène sans limite où je place des bornes.
L’Hippopotame jaune s’interpose et illumine de sa propre fiction le réel ainsi transposé.

Alain Leliepvre – Juillet 2012

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